mercredi 5 novembre 2008

"J'ai besoin de toi pour une procuration"

Brioches et cafés pour tout le monde.

Depuis le premier novembre, le plan hivernal a été lancé. Au Point Accueil Solidarité, cela ne change rien : la structure, accolée à la gare, dépend de la SNCF, n'a pas de financement à proposer, seulement des conseils. Créée en 1998 pour renseigner les gens en errance du secteur, c'est également devenu un lieu de vie.

8h45. Le point Accueil Solidarité de la SNCF est ouvert depuis une demi-heure. Profitant du calme, Michelle Boehm et Carole Jacob, en charge du lieu, finissent de disposer les assiettes de brioches sur deux grandes tables rondes. Dans la petite pièce aux murs jaunes mise à disposition dans les locaux de la gare, elles sont le premier contact des gens en errance qui arrivent à Strasbourg ou traînent dans le quartier. "C'est calme ce matin" s'étonne Michelle. "C'est le jour du versement du RMI, il me semble", lui répond Carole.
Un homme au pantalon de cuir et polo orange entre. Il prend une tasse au nom de Christophe* et s’assoit en demandant "un café s’il te plait". Les habitués ont leur propre gobelet sur une étagère. "Certains viennent plusieurs fois par jour, explique Carole. La plupart mettent du temps avant de dire pourquoi ils sont là et de quoi ils ont besoin".

9 heures. Olivier* pousse la porte du local. Cheveux gris, rasé de près, l’homme de 39 ans est venu par hasard la première fois : "J’arrivais de Normandie par le train. Je suis passé devant le bâtiment en sortant de la gare et suis entré pour demander où se trouvaient les Restos du coeur". Depuis un mois, il vient presque quotidiennement "Chez Michelle", comme il dit, et y reste en moyenne trois heures par jour.

9h20. Casquette vissée sur la tête, un homme arrive et va directement voir Michelle. "J’ai besoin de toi pour une procuration", dit-il après un rapide bonjour.

10h35. Julien*, 21 ans, est là depuis le début de la matinée. Il lit les DNA, "les faits divers pour être sûr de ne pas être dedans, puis les morts pour la même raison et ensuite le sport". Michelle s’approche de lui, "lors Julien, tu en es où de ta recherche de travail ?". La discussion devient sérieuse : "Moi je veux bien mais il me faut des papiers et à la préfecture, ils veulent pas me dire où ça en est pour ma carte d’identité !". Après avoir écouté le jeune homme retracer son parcours dans l’administration, Michelle tente d’entrer en contact avec le bon interlocuteur à la préfecture. "Si je ne lui avais pas posé la question, il n’aurait rien dit, confie-t-elle plus tard. Maintenant, il sait au moins où en est son dossier".

11h50. La sécurité de la gare fait évacuer le bâtiment à cause d’un sac suspect. "Pour une fois, ils ont pensé à nous", lâche Michelle en rigolant.


14h30. Deux femmes du Tadzikistan sont venues demander du travail. L’une d’entre elles parle un peu français et traduit en russe pour sa compagne. "On peut voir s’il y a des possibilités auprès de la SNCF, pour le nettoyage, leur propose Carole. Sinon, avec le marché de Noël qui arrive, les hôtels et restaurants recrutent probablement". Elles repartent une vingtaine de minutes plus tard, avec, en poche, des numéros d’associations spécialisées pour leur situation.

15h25. Une vieille dame au lourd cabat s’approche de la porte. Un gros manteau sur les épaules, elle demande un café en allemand. "C’est Brigitte, murmure Carole. Elle vient de temps en temps, quand les agents de sécurité l’empêchent de rester dans la gare." Les deux jeunes femmes tentent, comme toutes les fois précédentes, de lui trouver une solution de logement mais celle-ci refuse d’aller dans une structure. Elle veut "un petit studio individuel".

17 heures. Michelle et Carole ferment le local après avoir noté sur un cahier les passages et prestations de la journée. "Chaque jour, c’est différent, dit Michelle. On n’a pas grand chose à offrir. On n’est qu’un maillon de la chaîne." Leur plus grande frustration ? Elles ne peuvent être qu’un soutien ponctuel, dépendantes de ce que les personnes veulent bien leur dire.

* Les prénoms ont été modifiés

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