Dans la salle d’exposition de l’association Stimultania, au 33, rue Kageneck certains clichés sont déjà aux murs, d’autres attendent leur tour dans un coin, avant le vernissage prévu pour vendredi 7 novembre. À travers l’oeil du photographe Naohiro Ninomiya, on découvre l’univers d’une femme, sa mère, atteinte depuis quatre ans d’un cancer.
Dans un coin, on la voit en train de se maquiller. Sur le mur d’en face, son mari somnole. Un peu plus loin, la mer, les nuages, un bambou cassé. Sans voyeurisme excessif. On se contente d’approcher son univers, qui se révèle quotidien, banal -pour qui connaît le Japon- mais chargé d’une émotion presque pesante.
Pour le photographe japonais de 39 ans, la maladie de sa mère a été l’élément déclencheur d’une vie consacrée à la photo, après une courte carrière d’attaché commercial au Japon. “C’était la première fois que ma famille rencontrait ce genre de difficultés. Je ne suis pas médecin, mais simple photographe. J’ai senti qu’il fallait que je prenne ces clichés.”
Inutile d’y chercher des explications métaphysiques : “Ces photos, je les trouve belles, c’est tout.” Il se veut sûr de lui, mais à mesure que le vernissage approche, on sent poindre le doute. “Vous trouvez que ça manque de sens?” s’enquiert-il, inquiet.
Ces photos, il les a déjà montrées, avec un certain succès, dans des festivals à Madrid et à Arles. Mais l’exposition à Strasbourg, où il a vécu six ans, lui tient particulièrment à coeur.
La famille de l’artiste a du mal à comprendre son travail. “J’ai pris ces photos au moment où je cherchais mon chemin. C’est comme un cadeau de ma mère. Mon succès dans cette exposition sera un cadeau en retour pour elle.” Sa mère est-elle d’accord pour voir son quotidien dévoilé? “Bien sûr. Même si je n’ai pas eu d’autorisation écrite.”
Les clichés ont nécessité plusieurs voyages au Japon. “Dès le troisième voyage, mes photos ont commencé à devenir moins bonnes. C’est plutôt bon signe. Ça signifie qu’on finit par s’habituer aux situations douloureuses.”
Parfois, le doute, à moins d'une semaine du vernissage.

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